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Le temps de travail : un débat sous haute tension

le 17 juin 2019

L’examen de la durée du travail en France donne toujours lieu à des polémiques.

Pour beaucoup, la France ne travaille pas suffisamment. Pour d’autres, cette assertion est inexacte. Peut-on faire le point, sans avoir de préjugés et en prenant le parti d’un esprit libre ?

Prendre les bons instruments de comparaison

Il faut, avant tout, choisir les bons instruments de comparaison. Nous prendrons le volume d’heures travaillées sur une année. Cette notion intègre : le niveau de chômage, le taux d’activité et les emplois à temps partiel. De cette notion, on en déduit la durée habituelle hebdomadaire de travail en intégrant : les jours fériés, les jours de congés effectivement pris, les arrêts maladie, les jours de formation, les congés de parentalité, etc.

La durée annuelle de travail diminue à travers le temps

Fort de ces instruments, un premier constat s’impose. Sur les quarante dernières années (1976-2016), la durée annuelle travaillée a diminué en France comme dans la plupart des pays développés. Cette diminution est, toutefois, très différente d’un pays à l’autre : très faible aux Etats-Unis (moins 3% seulement), très significative au Japon, en France, en Espagne et surtout en Allemagne (moins 26% pour ce pays).

La sortie précoce des travailleurs âgés du monde du travail

Le deuxième constat concerne l’augmentation du taux d’activité.

C’est le cas de la plupart des pays développés. Cela provient pour partie de la progression de la durée de la vie active. Mais c’est sur ce point que des divergences apparaissent. La France fait figure d’exception, notamment pour les séniors (tranche d’âge des 55-64 ans). Dans la plupart des pays européens, les séniors ont un taux d’activité supérieur à 60%. En France, ce taux (pour cette tranche d’âge) n’est que de 55%. On sort en France très précocement (certains diront trop précocement) du marché du travail. En moyenne, les hommes français quittent le marché du travail deux ans avant leurs homologues européens (61,9 ans en France, contre 63,9 ans pour les pays de l’Union Européenne), et les femmes sortent du marché du travail un an et quatre mois plus tôt (61,8 ans en France, contre 63,1 ans pour l’UE).

Le nombre de jours non travaillés est supérieur en France

Qu’en est-il de la durée habituelle hebdomadaire du travail en France ? Cette durée, tous salariés confondus, est de 36,1 heures. Elle est comparable à la moyenne européenne (36,3 heures). Elle est supérieure à celle de l’Allemagne (34.3 heures).

Mais qu’est-ce qui distingue alors la France des autres pays ? La France se distingue par un nombre élevé de jours non travaillés sur l’année. Ces jours de congés concernent : les congés payés légaux (cinq semaines, soit 25 jours) mais aussi les jours de réduction du temps de travail (ce sont les « RTT »). Au total, ces jours non travaillés s’élèvent sur l’année à 32 jours en France contre 25 jours pour la moyenne européenne.

Comme on peut le constater à travers ces chiffres, La différence majeure entre la France et les autres pays d’Europe réside dans le cumul de deux phénomènes : les congés d’une part et la réduction du temps de travail d’autre part provenant de la mise en place des 35 heures au début des années 2000.

Le souhait de travailler plus

Dans ce tableau mitigé, un point positif émerge. Lorsqu’on demande aux actifs s’ils voudraient ou non travailler davantage, ils sont plus de 16% à répondre favorablement, y compris ceux ayant déjà un emploi. Si on raisonne en heures de travail, cela représente un gisement potentiel de près d’une heure de travail hebdomadaire en plus souhaitée par actif occupé.

Pour plus de détails voir « Trésor-éco n° 239 Juin 2019 – La durée du travail en France tout au long de la vie ».

Article rédigé par Michel TERNISIEN
Économiste et rédacteur pour Le Figaro et Les Echos

Pauline COMPERAT

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